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Pourtant, ses débuts dans la vie ne laissent pas augurer un tel destin. Issu de la noblesse désargentée, il devient, à 23 ans, le valet de chambre d'Henri de Navarre, le futur Henri IV. Il est chargé de l'achat des tissus pour confectionner les habits de son maître. Il s'aperçoit alors que les guerres de religion ont ruiné l'industrie et fait fuir de nombreux artisans. Les tissus de luxe sont importés, ce qui provoque une fuite de l'or vers l'étranger. C'est là que va s'enraciner sa pensée économique. A la fin du XVIe siècle, la paix arrachée par Henri IV s'est faite au prix fort. Les Ligueurs (le parti de l'aristocratie catholique) ont chèrement monnayé leur ralliement au roi. L'Etat est endetté, l'économie exsangue et les impôts ont du mal à rentrer. Pour redresser la France, deux conceptions vont s'opposer. Sully, opposé aux manufactures, veut tout miser sur l'agriculture, voyant le salut du pays dans le "pastourage et le labourage". L'histoire ne retiendra que lui et sa formule. Laffemas veut que l'Etat donne l'impulsion avec une politique industrielle ambitieuse. Henri IV lui donne raison. L'IMPULSION DE L'ETAT L'assemblée de Rouen, en 1596, va être l'occasion pour Laffemas d'imposer ses idées. Il rédige un Mémoire pour dresser les manufactures et ouvrages du Royaume dans lequel il propose de développer des chambres de métiers. Il conseille aussi de réduire les importations et de développer les manufactures royales sous l'impulsion de l'Etat. En 1598, il est promu au poste de conseiller, au même titre que Sully. L'année suivante, il crée à Marseille la première chambre de commerce pour "vaquer au rétablissement du commerce et manufactures". En 1602, l'ancien valet est nommé contrôleur général du commerce. Avec Olivier de Serres, il impose l'élevage du ver à soie en France ; des millions de pieds de mûriers sont plantés. L'industrie séricicole repose alors sur deux centres de tissage de la soie, à Tours et à Lyon. Les mesures prises par Laffemas forment un ensemble cohérent. La politique industrielle mêlant encouragements, subventions et protectionnisme permet de multiplier les initiatives. Créée en avril 1601, la manufacture des Gobelins bénéficie de cette politique, comme tant d'autres. Les capitaux viennent à manquer ? Le roi lance un "prêt à taux zéro". Le mauvais état des routes entrave le commerce ? Laffemas lance la construction du canal de Briare, première voie de transport fluvial en France, qui relie la Loire à la Seine. Les moyens de communication sont favorisés avec le lancement de l'ancêtre de la Poste. L'entreprise de Barthélemy de Laffemas subit cependant des échecs. L'acclimatation du ver à soie en région parisienne est un fiasco. Seules les magnaneries du sud de la France se révéleront viables. En outre, la loi protectrice sur la soie ne sera en fait jamais appliquée. Les commerçants lyonnais qui n'en voulaient pas ont finalement eu gain de cause. Il faut dire que la Foire de Lyon est à cette époque la plus importante d'Europe, et attire nombre de marchands étrangers. Sources : www.lemonde.fr |
Parce qu'en avance sur son temps et parce que protestant à une époque où il était bon de ne pas l'être, Barthélemy de Laffemas (1545-1612) a sombré dans l'oubli. Il fait pourtant partie des économistes qui ont contribué au développement du mercantilisme, et ce bien avant Colbert.