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Versailles,royal et populaire
Par Cyrille
Mercredi, 18 Janvier 2012 20:11

Cour royale du chateau de Versailles

Ouvrages savants, grande Histoire, petite histoire, albums illustrés, guides de visite, magazines hors-série: chaque année, inlassablement, le château de Versailles fait l'objet de nouvelles publications. Le nombre de visiteurs croît au même rythme, plaçant le monument national dans le peloton de tête des sites touristiques français.Pourquoi ces foules d'amateurs d'art et d'histoire et de promeneurs du dimanche ?

Pourquoi cet insatiable intérêt des chercheurs, des photographes et des écrivains? C'est que le palais légué par la monarchie à l'Empire puis à la République attire des regards différents, satisfait des goûts contraires, suscite des passions complémentaires: tout le monde, peu ou prou, a une raison d'aimer Versailles.Sauf à être rebelle à l'esthétique classique (cela existe), comment ne pas être saisi, dût-on les contempler pour la dix-millième fois, par la beauté des grands appartements ou des cabinets intérieurs, de la chapelle royale ou de la grande écurie, de l'orangerie ou des deux Trianon? Ces marbres et ces ors, ces plafonds et ces lambris, autant que les massifs, les statues et les bassins du parc, constituent un spectacle dont on ne se lasse pas tant il touche à la perfection. Dans un superbe volume(1), l'objectif du photographe Francis Hammond, après d'autres et avant d'autres, les restitue dans tout leur éclat.

Restauré une première fois grâce à Rockefeller

Dans un autre album(2) dont la valeur n'est pas moindre, Alexandre Gady, professeur d'histoire de l'art moderne à l'université de Nantes, a fait le pari inverse: montrer Versailles en renonçant pratiquement à la photo. En suivant un ordre chronologique, il dévoile le château tel qu'il a été vu par les artistes qui l'ont représenté tout au long de son histoire. D'Israël Silvestre à Auguste Renoir et de Charles Le Brun à Jean-Léon Gérôme, l'auteur met en scène «la fabrique d'un chef-d'oeuvre». Gady rappelle que, dans l'entre-deux-guerres, c'est le mécénat de John Rockefeller Jr - 60 millions de francs offerts entre 1924 et 1936 - qui a permis la première campagne des temps modernes de restauration du château. Symbole français, Versailles possède des résonances universelles qui n'ont pas attendu les cohortes asiatiques d'aujourd'hui pour se manifester. Arthur Youg, parcourant la France sous Louis XVI, s'arrête en ce lieu. Son oeil britannique est critique («Le palais de Versailles n'est pas du tout frappant»), mais traduit son étonnement devant les moeurs de ce château où n'importe qui peut entrer pour voir la famille royale. L'anthologie(3) présentée par Adrien Goetz, maître de conférences en histoire de l'art à la Sorbonne (et chroniqueur au Figaro), fait ainsi place à quelques prestigieuses plumes étrangères qui, de Henry James à Stefan Zweig, ont écrit sur Versailles, mais surtout à Molière, Voltaire, Chateaubriand, Proust ou Cocteau, jusqu'à Marc Lambron, qui déplore que la nouvelle grille dorée fasse «très Dubaï». Conclusion: «Versailles donne envie d'écrire.» Ce n'est pas Alain Baraton qui dira le contraire: le maître jardinier publie un savoureux recueil(4) des mille «crimes, trahisons et empoisonnements» qui ont émaillé l'histoire du lieu.

Les mille visages de Versailles

Il y a le Versailles traditionnel, que décrit Louis Dussieux(5). Cet historien oublié avait publié en 1885 un ouvrage qui était à la fois un historique et une description du château, du parc et des dépendances, aire étendue à la ville de Versailles ou au château de Marly. Un travail prodigieux au regard de la somme d'informations qu'il contient, même s'il s'arrête à la Révolution, et dont le style affronte victorieusement l'épreuve du temps. Michel Déon, qui présente ce texte, est aussi celui qui l'a exhumé, ce dont on ne peut que le remercier.Il y a également le Versailles contemporain, aux destinées duquel Jean-Jacques Aillagon a présidé pendant quatre ans. L'ancien ministre évoque le château «en 50 dates»: «Les secrets de Versailles, de Louis XIII à Nicolas Sarkozy», annonce l'éditeur(6). Ce raccourci reflète la perspective de l'auteur, qui refuse d'introduire une coupure dans l'histoire d'un lieu qui n'a pas cessé de vivre en 1789. Aillagon, sans surprise, défend les projets qu'il a portés, comme cette discutable exposition Jeff Koons, dont les adversaires n'étaient pas tous des esprits rétrogrades, comme il feint de le croire. Toutefois, avec justesse, l'ancien président de l'établissement public de Versailles souligne aussi l'effort considérable qui a été entrepris, au cours des dernières années, afin de donner un nouvel élan au domaine. A la fin de l'ouvrage, il esquisse les chantiers d'avenir: achèvement de la réorganisation qui donnera sa liberté au «grand Versailles» par rapport à d'autres instances administratives, continuité topographique de Satory à Marly, dégagement de la place d'armes défigurée par le stationnement automobile, travaux de restauration et d'équipement du château, rassemblement dans une même fondation des résidences royales et impériales qui ceinturent la région parisienne.En cette période de disette financière, l'Etat et les différents acteurs concernés auront-ils la volonté et les moyens de poursuivre sur cette voie? On le voudrait: Versailles est un rêve national. Or, par temps de crise, une légende n'a pas de prix.

(1) Versailles. Invitation privée, textes de Guillaume Picon, photographies de Francis Hammond, Skira Flammarion/Château de Versailles, 318 p., 75 €.
(2) Versailles. La fabrique d'un chef-d'oeuvre, d'Alexandre Gady, Le Passage/Château de Versailles, 240 p., 39 €.
(3) Versailles, le château-livre, de Molière à Erik Orsenna, une anthologie présentée par Adrien Goetz, Art-lys/Château de Versailles, 222 p., 25 €.
(4) Vice et Versailles, d'Alain Baraton, Grasset, 204 p., 16 €.
(5) Le Château de Versailles, de Louis Dussieux, présenté par Michel Déon, Jean-Cyrille Godefroy, 472 p., 39 €.(6) Versailles en 50 dates, de Jean-Jacques Aillagon, Albin Michel, 330 p., 20 €.

Sources : www.lefigaro.fr
Photos : commons.wikimedia.org

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Mis à jour ( Lundi, 23 Janvier 2012 14:19 )